Préface de Marie Ferrée Pendant trente ans, les œuvres de mon frère Jean Guillaume Ferrée furent conservées sous clé, conformément à ses dernières volontés. Dans les années 1950, mon frère vécut plusieurs années chez notre tante en Allemagne, dans une petite ville près de Brême. C’est durant cette période que la maladie dont il souffrait depuis toujours commença à se manifester. Du jour au lendemain, il oubliait les dix années précédentes. Pour lui, le temps s’était comme remonté, puis s’était arrêté. Les personnes rencontrées peu de temps auparavant, les lieux visités, les choses accomplies – tout s’effaçait de sa mémoire. Après un long séjour dans une clinique près de Brême, ce temps perdu lui revint aussi soudainement qu’il avait disparu. Les médecins étaient déconcertés ; ils n’avaient jamais rencontré un tel cas. Peu après, Jean Guillaume retourna à Lorquin et parla longuement de ce phénomène. Ses années suivantes furent marquées par une grande énergie créatrice. Il vécut à Strasbourg et à Paris et nourrissait de nombreux projets d’avenir. Ce n'est qu'en 1958 qu'il subit une autre crise de ce genre. Cette fois encore, ses souvenirs lui revinrent. Mais à chaque crise, son angoisse grandissait, tout comme les trous de mémoire qui s'agrandissaient. Des événements importants de sa vie s'effaçaient de sa mémoire comme s'ils n'avaient jamais eu lieu. Il critiquait son propre travail car il ne le reconnaissait plus. Pourtant, la conscience de sa maladie lui permettait d'affronter ces événements tragiques avec une force positive. Ce qu'il ne pouvait expliquer, il essayait de l'accepter. Lorsque Jean Guillaume rédigea son testament en 1974, il venait de traverser l'une de ses crises les plus graves. Cependant, cette fois, le retour des souvenirs ne lui apporta aucun soulagement. Un profond changement d'humeur le cloua dans sa chambre pendant plusieurs jours. C'était trois mois avant sa mort. On a beaucoup spéculé sur son accident alors qu'il travaillait sur une photographie. S'agissait-il finalement d'un suicide, d'un choix de mettre fin à ses jours en pleine possession de ses facultés mentales ? Je ne peux l'affirmer avec certitude. Bien que Jean Guillaume ait travaillé avec passion et entretenu des liens avec d'autres artistes de son temps, il a toujours refusé de présenter son œuvre au public. Je tiens à remercier la Fondation Jean Guillaume Ferrée, qui a entrepris la tâche ardue de recenser les œuvres conservées en Allemagne et de les rassembler pour une première présentation à Heiligenrode. Après cette exposition, la collection sera conservée à Lorquin, ville natale de Jean Guillaume Ferrée. Il est prévu d'exposer les œuvres au Musée Ferrée après le 25 août 2006 ; à partir de cette date, les œuvres créées en France par mon frère, Jean Guillaume Ferrée, pourront également être présentées au public. Marie Ferrée, décembre 2004
Le lieu de naissance de Jean Guillaume Ferrée à Lorquin, 1965.
Jean Guillaume Ferrée dans Lorquin, 1967 Photo de Marie Ferrée
Marie Claire Ferrée et son frère Jean dans Lorquin, 1972